Message apporté lors de la célébration œcuménique du 25 janvier en l’Eglise catholique de Colombier
Ephésiens: ch.4,v. 1-13
Chaque année, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens nous rassemble autour d’un désir qui dépasse nos appartenances confessionnelles : le désir que la prière de Jésus soit entendue, que ses disciples soient un, afin que le monde croie.
Ce n’est pas un hasard si les textes proposés aujourd’hui nous placent à la fois dans l’appel à l’unité (Éphésiens 4) et au pied de la croix (Jean 12). Car l’unité des chrétiens ne peut être comprise ni vécue en dehors du mystère du Christ livré, élevé et glorifié.
Paul ouvre le chapitre 4 de la lettre aux Éphésiens par un appel très concret : « Je vous exhorte à avoir une conduite digne de l’appel que vous avez reçu ».
Avant de parler de structures, de dialogues théologiques ou de démarches œcuméniques, Paul parle de notre manière de vivre, réaffirmant ainsi que l’unité commence toujours par une conversion du cœur. Et il énumère quatre attitudes fondamentales qui sont : l’humilité, la douceur, la patience, et le soutien mutuel dans l’amour.
Ces vertus peuvent sembler modestes, presque ordinaires, banales pour ainsi dire tant elles ressortent de tous les discours qui tenteront de définir ce qu’est l’amour. Pourtant, elles sont profondément exigeantes. Elles nous obligent à renoncer à toute prétention de supériorité, à toute tentation de jugement ou de fermeture. Elles nous invitent à reconnaître que l’autre, l’ami, le conjoint, ou dans notre cas aujourd’hui, l’autre chrétien, même différent, est un don de Dieu pour moi. Sans ces attitudes, l’amour qui nous unit, l’unité que nous sommes appelés à vivre devient un discours abstrait. Avec ces vertus, l’Unité devient un chemin possible.
Paul poursuit en affirmant avec force : « Il y a un seul Corps et un seul Esprit… un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ».
C’est une affirmation essentielle pour l’œcuménisme : l’unité est déjà là. Elle est donnée par Dieu lui-même. Elle ne dépend pas de nos performances ni de nos accords.
Nos divisions sont réelles, douloureuses, parfois anciennes. Mais elles ne détruisent pas ce que Dieu a déjà uni en Christ. Au cœur de nos différences confessionnelles demeure une communion profonde, enracinée dans le même Seigneur, animée par le même Esprit. La prière pour l’unité n’est donc pas une prière pour inventer quelque chose de nouveau, mais pour accueillir un don déjà offert, et pour apprendre à vivre en cohérence avec ce don.
Dans l’Évangile de Jean, Jésus déclare : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».
Ces paroles sont prononcées à l’approche de la Passion. Jésus sait qu’il va être condamné et souffrir. Lorsqu’il dit être « élevé » de terre, il veut dire être crucifié, mais aussi glorifié. Et la croix devient paradoxalement le lieu du rassemblement plutôt que le lieu de l’échec et de la déchirure.
L’unité chrétienne ne se construit pas autour d’un consensus que nous, humains, aurions élaboré, mais autour du Christ, livré pour toutes et tous, qui attire à lui toute l’humanité. C’est en nous laissant attirer par le Christ, et non en cherchant à attirer les autres à nous-mêmes, que l’unité devient possible.
Lorsque nos Églises se placent ensemble au pied de la croix, elles découvrent qu’elles sont déjà en mouvement les unes vers les autres, parce qu’elles sont toutes attirées vers le même Seigneur. Leur regard dirigé vers le point qui concentre toute attention.
Jésus parle aussi du jugement de ce monde et de la victoire sur les forces de division : « Maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ».
Les divisions entre chrétiens ne sont pas seulement une blessure interne à l’Église. Elles affectent la crédibilité du témoignage chrétien dans le monde. À l’inverse, chaque pas vers l’unité devient un signe d’espérance pour l’humanité, souvent marquée par la division, la méfiance et la peur de l’autre.
Paul le rappelle : les dons sont divers, les ministères sont multiples, mais ils sont donnés pour l’édification du Corps du Christ, afin que celui-ci grandisse et soit envoyé en mission.
L’unité n’est donc pas une fin en soi. Elle est au service de la mission, au service du monde que Dieu aime.
Jésus conclut : « Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin de devenir des enfants de la lumière ».
Marcher dans la lumière ne signifie pas tout comprendre, ni tout résoudre immédiatement. Cela signifie avancer ensemble, dans la confiance, éclairés par le Christ. L’unité chrétienne est un chemin, parfois lent, parfois fragile, mais toujours porté par l’espérance. Elle demande patience et persévérance. Elle se nourrit de la prière, de l’écoute mutuelle, et du désir sincère de rester fidèles à l’Évangile.
En cette Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, accueillons cet appel à nous laisser convertir personnellement, à reconnaître l’unité déjà donnée par Dieu, à fixer ensemble nos regards sur le Christ élevé et glorifié, et à marcher comme des enfants de la lumière.
Que notre prière commune nous transforme, afin que, malgré nos différences, nous devenions un témoignage vivant de l’amour réconciliateur de Dieu pour le monde.
Amen.
