Stop ! – méditation pour le Lundi saint

En ce temps de confinement, il ne manque pas de dessins qui illustrent la situation inouïe de notre monde. En voici une qui a capté mon attention particulière.

© www.laliberte.ch – les dessins d’Alex, « Le stress du confinement », le 26 mars 2020

En fin de compte, c’est un bonhomme qui reproduit la vie d’avant le coronavirus dans l’espace de confinement. Il a fait entrer dans son appartement le monde que nous connaissons : celui de la performance, de la consommation, de l’épanouissement par le faire. Je n’ai pas été épargné par cette tentation de vouloir vivre toujours comme avant : un sentiment de culpabilité de ne pas faire grand-chose – en tout cas visible, audible ou connectable – m’en témoignait. Que c’est difficile d’être un serviteur inutile…

Et j’ai pensé à relire ce récit qu’on appelle traditionnellement « Purification du Temple » pour ce Lundi saint.

Le lendemain, à leur sortie de Béthanie […] Ils arrivent à Jérusalem. Entrant dans le temple, Jésus se mit à chasser ceux qui vendaient et achetaient dans le temple ; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne traverser le temple en portant quoi que ce soit. Et il les enseignait et leur disait : « N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Les grands prêtres et les scribes l’apprirent et ils cherchaient comment ils le feraient périr. Car ils le redoutaient, parce que la foule était frappée de son enseignement. Le soir venu, Jésus et ses disciples sortirent de la ville. (évangile selon Marc 11,12a.15-19 – traduction TOB)

C’est la première chose que Jésus fait à l’entrée de Jérusalem : il chasse ceux qui commercent dans le Temple. Selon l’évangéliste Marc, cela se passe justement au lendemain du dimanche des Rameaux. Matthieu et Luc placent la scène dans le feu de l’action de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem (Mt 21,10-17 et Lc 19,45-48), l’évangile selon Jean encore ailleurs (Jn 2,13-16). Mais leurs messages convergent : c’est la première action significative de Jésus dans la ville de Jérusalem, et elle annonce déjà que cela va mal finir.

Ces pauvres vendeurs du Temple, pourrait-on dire, car ils ne faisaient pas d’autres choses qu’assurer le bon fonctionnement de la vie religieuse et politique – puisque ces deux dimensions étaient intimement liées – du peuple. Il serait faux de penser que le geste de Jésus vise à stigmatiser les actions économiques telles quelles, mais il vient dénoncer la perversion de l’économie, de la politique et du religieux, au détriment des pauvres et des opprimés. La description dans l’évangile selon Matthieu est éclairante : là où les exploiteurs du système laissent la place s’avancent des aveugles, des boiteux, et des enfants, c’est-à-dire les exclus (Mt 21,14ss). La vocation du Temple, l’essentiel pour lequel il existe, était l’accueil de la prière de qui que ce soit : « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ». Elle sera finalement incarnée en Jésus-Christ, par sa mort et sa résurrection ; il sera le lieu où Dieu et chacun-e de nous se rencontrent, le véritable lieu de rencontre où aucun obstacle puisse nous empêcher de nous approcher, fût-ce même la mort.

Ce Jésus me dit aujourd’hui que, dans mon cœur, dans ma vie, il y a encore nombreux vendeurs et acheteurs qui obstruent sa présence, à commencer par celui qui vend le rêve de performance, de mérite. Il dit aussi au monde qu’il y a toujours des espaces à nettoyer, à vider, afin que la justice soit relevée, la paix soit semée, la création respire un avenir serein. Pour tendre l’oreille à cette parole, il nous faudra d’abord savoir descendre du vélo d’appartement qui tourne à plein régime.

Le 6 avril 2020, Hyonou Paik

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