Méditation sur l’épître de Jacques (1) Joie et endurance dans les épreuves

Yvena Garraud Thomas propose une série de méditations sur l’épître de Jacques. Voici la première de la série intitulée « Joie et endurance dans les épreuves ».

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Méditation de Jacques 1, 1-4 : Joie et endurance dans les épreuves

C’est la 4ème semaine que le monde fonctionne au ralenti sous le dicta imposé par le Coronavirus. Des témoignages arrivent au quotidien sur les réseaux sociaux, font état du vécu, des ressentis de chacun-e. Dans les paroisses, les initiatives fusent en cette volonté de rester en communion. Et voilà une église, obligée, cette fois, de sortir de ces murs, de créer de nouveaux modes de communication, d’adapter son message : plus de cultes dominicaux, plus d’études bibliques, plus de soupes de carême. L’église n’est pas le bâtiment mais des personnes qui la composent, répétons-nous. Nous avons la possibilité aujourd’hui, non seulement de le prouver mais de le vivre concrètement.

Dans l’histoire du christianisme, en temps de persécution, les chrétiens avaient la possibilité de se réunir en cachette, ce que le confinement ne permet pas. Le mal qui nous frappe est invisible, fait naître l’anxiété, l’angoisse, la suspicion… Désemparés, nous ne sommes. Sommes-nous démunis ? La bible, par la voix des prophètes, du psalmiste, d’autres auteurs, nous apporte des paroles réconfortantes dans les temps d’épreuve. Je vous propose de méditer les versets 1 à 4 de l’épître de Jacques.

Jc 1, 1-4

Jacques, serviteur de Jésus-Christ, Dieu et Seigneur, aux douze tribus dans la diaspora, salut (v.1). Tenez pour pleine joie, mes frères, d’être en bute à de multiples épreuves (v.2). Le test auquel la foi est soumise forge l’endurance (v.3). Et que l’endurance produise une œuvre accomplie, afin que vous soyez accomplis et parfaits, ne manquant en rien (v.4).

Dans ce passage, nous allons voir comment l’espérance de l’évangile apportée par Jésus, par la voix de Jacques, peut venir nourrir notre confiance et nous encourager dans cette période de crise. Jacques attache une importance particulière aux épreuves que traversent les chrétiens, dans la vie de tous les jours, c’est-ce qui rend son message actuel et vivant tant il apparaît dans une lumière saisissante et poignante. La puissance de ce message nous atteint, nous réveille, nous console et nous encourage.

Premièrement Jacques nous dit 3 choses à propos des épreuves :
1) Les épreuves font partie de la vie

Jacques parle des épreuves par lesquelles nous devons passer (peirasmois) grec. La première parole de Jacques face à l’épreuve n’est pas une explication mais une constatation. Le Dieu de la Bible n’ignore pas l’épreuve, il en a souffert, il est mort.

Les épreuves nous tombent dessus. Personne n’est exempt. Chaque matin nous nous levons, notre journée bien programmée commence, nous nous mettons en route pour le travail, l’école… Et voilà, tout à coup, un obstacle, un caillou dans les rouages, une contrariété, quelque chose qui va s’acharner sur nous, qui très vite va bouleverser nos vies, troubler notre sérénité, perturber nos routines et notre confort.

2) Les épreuves sont imprévisibles.

Elles surgissent malgré nous. Nous ne les choisissons pas. Nous ne les voulons pas. Nous ne les aimons pas. Nous ne comprenons pas pourquoi elles s’abattent sur nous ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi le coronavirus nous frappe dans cette période de Carême et de Pâques ?

3) Les épreuves sont de toutes les couleurs (poikilois)

Elles sont variables et sont de différentes sortes. Elles n’arrivent pas de la même façon ni à la même fréquence, à la même intensité. Ce peut-être une angoisse, un stress, une perte, une souffrance, une catastrophe naturelle, une maladie qui nous tombent dessus. Elles peuvent toucher à nos vies de couple, familiales, professionnelles. La question du pourquoi importe peu. C’est le « comment » qui compte : Comment devons-nous en répondre ? Comment pouvons-nous surmonter les épreuves ?

Jacques nous invite à la joie et à l’endurance
La Joie

Tenez pour pleine joie, mes frères, d’être en bute à de multiples épreuves (v.2). Que faut-il comprendre par cette parole de Jacques ? Devons-nous nous réjouir quand le mal s’abat sur nous ? Devons-nous être joyeux quand nous sommes confinés, confrontés à la solitude, à la peur, à l’anxiété ? Devons-nous être joyeux de perdre un être cher, d’être dans l’impossibilité de l’accompagner ? De devoir faire face à la faillite ? C’est tout le contraire qui se passe, nous sommes tristes, perdus, déboussolés.

La joie dont parle Jacques, ce n’est pas une joie qui camouffle la peine où l’on prétend que tout va bien. La joie, ce n’est pas une illusion optimiste. C’est le fait de prendre en compte le tragique de l’existence. C’est accueillir ce qui vient. La pauvreté, la maladie, la souffrance la détresse sont là et le mystère dans tout cela, la joie est possible dans la façon de s’engager pour la vie, dans la reconnaissance pour des petits cadeaux de la vie.

Joie et grâce ont la même racine en grec. C’est un oui à la vie, une décision, c’est ce choix de ne pas se laisser accabler dans les épreuves. Pourquoi la joie aide-t-elle à traverser les peines de l’existence ? Parce que nous nous savons portés par Dieu. Parce que nous croyons que nous ne sommes pas abandonnés. Quoiqu’il arrive, nous sommes entre les mains de Dieu. Cette joie s’exprime dans la confiance, l’ouverture du cœur, la générosité, la solidarité, la reconnaissance et la louange. Puissions-nous nous rappeler cette promesse dans Esaïe : « Je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ! Si tu traverses les eaux, je serai avec toi ; si tu passes les fleuves, ils ne t’emporteront pas ; si tu marches dans le feu, tu te brûleras pas, et les flammes ne te dévoreront pas » Esaïe 43, 1b-2.

L’endurance

Pour Jacques, Les épreuves rencontrées représentent des « tests » pour la foi. Comment faut-il le comprendre ? Il ne pas voir dans les épreuves, un sort infligé par Dieu pour nous sonder. Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. Cette conception de Jacques va à l’encontre de différents textes de l’Ancien Testament. (Genèse 22 ; Job 1-2…). Pour lui l’être humain ne peut se dégager de ses responsabilités, en écho au texte du jardin d’Éden où Adam disait « c’est la femme que tu as mise auprès de moi, c’est-elle qui m’a donné du fruit de l’arbre » (Genèse 3,12).

Quand nous sommes sous le poids de la pression, la frustration, l’inquiétude, l’agressivité, l’angoisse, l’insécurité, l’anxiété peuvent surgir. La crise du coronavirus révèle certaines fêlures dans les relations de couple, la vie de famille, dans notre relation à Dieu, dans nos manières de vivre. Que devons-nous changer dans notre vie ? Comment pouvons-nous grandir ? Que pouvons-nous apprendre ?

Les épreuves, au lieu d’affaiblir la foi, la raffermissent, la forgent. (Le test auquel la foi est soumise forge l’endurance (v.3). Elles développent notre endurance. Selon comment l’on y répond, elles peuvent présenter de réelles opportunités de grandir dans notre vie de foi, dans notre relation avec Dieu. Elles peuvent nous permettent de prendre de la distance et de mieux nous situer par rapport à ce qui est prioritaire et à ce qui ne l’est pas.

L’endurance/persévérance/constance, (Upoµonh) en grec réside dans la capacité à gérer la pression, à résister, à tenir bon, à rester ferme dans la foi. Endurer, ce n’est pas porter, sans brancher, un lourd fardeau. Cette endurance qui n’est ni obstination, ni entêtement, ni fanatisme aveugle, appelle à une attitude responsable, en restant entier, intègre, contre l’envie de tout laisser tomber. Et que l’endurance produise une œuvre accomplie, afin que vous soyez accomplis et parfaits, ne manquant en rien. (v.4).

Comment est-ce que l’endurance s’apprend ? Elle s’apprend par expérience en étant  dans les difficultés, en faisant face. Le vécu d’une foi comme résistance face aux épreuves est une foi qui s’en remet à Dieu : Mon Dieu, je crois en toi et en tes promesses de vie même si là maintenant, il fait si sombre et froid autour de moi. Je crois au don de ta paix, que tu es le seul à donner au monde, même si là maintenant, l’angoisse me submerge.

Dans l’incertitude et face à l’inconnu, nous sommes nombreux à manifester notre soutien, notre solidarité, par des rituels, en disant aux uns aux autres : Nous sommes là ! pour nous donner du courage dans la prière, pour nous remonter le moral. Nous sommes église, tous ensemble. Une église qui vit et qui tient bon. Ressortir de cette crise en étant grandi-e-s, c’est l’espoir de beaucoup de gens. Que garderons-nous à l’issue de cette crise ? Se précipiterons-nous de tout oublier ? Que garderons-nous de nos actions solidaires ? De nos prises de conscience ? Aurons-nous tout simplement l’impression de nous réveiller d’un mauvais rêve ? Et le monde continuera de tourner comme avant ? Jacques nous apprend que les épreuves remplissent un rôle dans notre vie, elles peuvent être productives, on peut y trouver un sens. Il nous encourage à ne pas perdre la joie et à découvrir dans les épreuves une occasion de se libérer et de grandir.

Prière

Seigneur, notre joie est nous savoir accompagnés dans tous les moments de nos vies. Aide-nous à te rester fidèle, fortifie en nous la foi qui endure. Non pas à supporter la souffrance avec fatalisme mais à croire que tout est grâce, tout est espérance. Montre-nous ce que nous pouvons changer dans nos vies, les fruits que nous pouvons tirer de cette situation. Seigneur, nous te faisons confiance. Aide-nous à voir au-delà de tout ce qui cerne l’horizon. Aide-nous à regarder la crise qui bouleverse nos vies et notre monde à la lumière de ton amour et ta promesse de vie. Tu as triomphé sur la mort et les forces destructrices, le jour de Pâques. Que ta lumière nous permette de dominer nos peurs et de vivre l’espérance que tu nous offres chaque jour. Que ta joie et ta paix nous habitent ! Amen.

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