Texte de la prédication du 14 juin

Deutéronome 8,1-16 ; 1 Corinthiens 10.16-17 ; Jean 6.51-58

51« Moi je suis le pain vivant descendu des cieux. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Le pain que je donnerai pour que le monde vive, c’est ma chair. »

52Là-dessus, les Juifs se disputaient vivement entre eux : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » demandaient-ils. 53Jésus reprit : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. 54Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang possède la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. 55Car ma chair est une vraie nourriture et mon sang est une vraie boisson. 56Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang demeure uni à moi et moi à lui. 57Tout comme le Père qui m’a envoyé est vivant et comme je vis par lui, de même, celui qui me mange vivra par moi. 58Voici donc le pain qui est descendu des cieux. Il n’est pas comme celui qu’ont mangé vos ancêtres, qui sont morts. Mais celui qui mange ce pain vivra pour toujours. »

Prédication partagée à Peseux, le dimanche 14 juin 2020

Hyonou Paik

J’ai passé un peu plus de cinq ans seul à Paris, avant de me marier. Pendant toute cette période-là, quand je téléphonais à mes parents en Corée, mon père de temps en temps, et ma mère presque chaque fois, posaient cette question invariable : « Est-ce que tu manges bien au moins ? en tout cas, trois fois par jour ? »

Cela fait plus de trois mois que nous avons dû renoncer à nous rassembler autour de la table de la Sainte-Cène. Rappelons-nous, comme l’a écrit notre ami Willy Rordorf[1] dans l’un de ses ouvrages, que ce repas du Seigneur fait partie des rites indispensables des chrétiens dès le début de l’histoire de l’Église. De dimanche en dimanche, nos ancêtres dans la foi n’ont cessé de se rassembler pour lire le témoignage des apôtres dans les évangiles, faire une collecte en solidarité avec les frères et sœurs dans le besoin, et célébrer la Sainte-Cène. Ce partage de repas en mémoire de la mort et de la résurrection du Christ faisait du dimanche un vrai dimanche, c’est-à-dire « dies Dominicus », le jour du Seigneur. Le jour du Seigneur, c’est le jour où le repas du Seigneur est célébré.

Peut-être direz-vous que ce n’est pas toujours le cas depuis la Réformation du 16e siècle. C’est vrai. Malheureusement le contexte polémique de l’époque avait même fait plier Calvin, une des figures principales de notre Église réformée, qui avait personnellement souhaité célébrer la Sainte-Cène chaque dimanche. « Partout où nous voyons », disait-il, « la Parole de Dieu être purement prêchée et écoutée, les sacrements purement administrés selon l’institution de Christ, là il ne faut douter nullement qu’il n’y ait Église[2] ». L’écoute commune de la Parole de Dieu et le partage du pain font l’Église.

Nous voulons témoigner de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ en paroles et en actes. Notre témoignage en paroles commence par lire ensemble les Écritures – comme il y a un instant – et écouter ensemble comment Elles résonnent comme Parole de Vie aujourd’hui dans notre vie – comme vous le faites maintenant avec votre vécu et vos projets, en ricochet à ma pauvre contribution. Quant au témoignage de l’Évangile en actes, cela commence par le partage du pain et du vin, cet acte fondamental par lequel nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’il nous a donné, qu’il nous donne de partager, et qu’il nous promet de donner.

Je ne prolongerai pas longtemps ce temps de méditation, car il nous faudra un peu plus de temps que d’habitude, afin de vivre la Sainte-Cène en respectant les mesures recommandées. Pour conclure, je voudrais attirer votre attention sur une seule expression de l’évangile selon Jean.

Dans ce passage, Jésus parle de sa chair et de son sang comme vraie nourriture et vraie boisson pour la vie éternelle, c’est-à-dire la vie en Dieu. Nous sommes habituées à entendre plutôt le « corps » et le « sang » du Christ concernant ce repas qui nous met devant la présence du Seigneur. Dans la langue que Jésus a parlé à son époque, la chair et le sang veulent dire la personne tout entière.

A travers le pain et le vin que nous partageons, nous sommes invités à voir le don que Dieu ne cesse de faire dès le commencement jusqu’à la fin des temps. C’est le don de Dieu lui-même tout entier. Nous nous réjouissons dès aujourd’hui de la promesse de ce jour où « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,18). Alors, nous ? De notre côté ? Nous sommes prêts à vivre cette joie, cette promesse incroyable avec toute notre existence entière ? Comme on dit, on devient pianiste en jouant du piano ; tout comme c’est en marchant que l’on apprend à marcher, c’est en participant à la Sainte-Cène que l’on apprendra à la vivre, comme le dit Félix Moser pour citer un autre ami de notre paroisse[3]. Ce dimanche, ce jour du Seigneur, nous nous sommes rassemblés pour cela.


[1] Willy Rordorf, « La célébration dominicale de la Sainte Cène dans l’Église ancienne », Revue de théologie et de philosophie, 99, 1966, p. 25-29 (repris in : Liturgie, foi et vie des premiers chrétiens. Etudes patristiques, Paris, Beauchesne, 1986, p. 59-63).

[2] Institution de la religion chrétienne, IV, 1, 9.

[3] Voir la perspective mystagogique de la Cène défendue par Félix Moser dans sa conférence à Bâle du 11 mai 2019 : « La théologie eucharistique de Jean-Jacques von Allmen et l’histoire de ses effets en Suisse romande » (texte consultable sur son blog)

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