Quel Dieu se révèle par le récit de la Genèse ?

Catherine Clément, une philosophe et romancière française, qui a passé son enfance en compagnie de sa grand-mère chrétienne, a écrit ceci :

« Dieu est pour le bien des hommes à quelques conditions :
qu’on l’honore, qu’on le prie, qu’on lui fasse des sacrifices.
Sinon, Dieu devient terrible ! Il te fait le déluge, l’exil, la guerre, la sécheresse, la foudre, au choix. »

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que c’est cela votre image de Dieu ?

Si c’est le cas, vous partagez l’image de Dieu qu’ont les peuples païens : l’épopée de Guilgamesh, qui a beaucoup de similitudes avec notre récit biblique, nous enseigne que les dieux veulent détruire toute l’humanité parce que le bruit perturbe leur repos. Mais, vous le verrez, l’image de Dieu que nous donne la Bible est différente.

Dans la Bible, on peut observer 3 choses :

  • Dieu constate que la terre est détruite par la violence et il en est infiniment triste, affligé. Il s’agit donc d’une auto-destruction.
  • Dieu protège sa création, les animaux, les oiseaux, les petites bêtes et les grandes. En fait, il ne cherche pas à la détruire, mais à la sauver.
  • Dieu prend soin de ceux qui sont des rescapés et il les protège : Noé et tous les siens.

Vous allez me dire qu’il va protéger Noé, car Noé lui offre un sacrifice !?

Non ! je vous invite à rechercher où est la pointe du message.

A la fin du récit, Dieu se dit : « Jamais plus je ne vais faire ça », ce n’est pas une solution.

On nous dépeint donc un Dieu qui change d’avis. Est-ce que c’est vraiment ce que le texte veut nous dire ? Devrait-on croire en un Dieu qui change d’avis ? Non, il s’agit d’un anthropomorphisme : ce texte attribue à Dieu un comportement humain. Dieu, lui, ne change pas d’avis ! Cette formule signifie que Dieu est en désaccord profond avec cela ! Et qu’on lui attribue le fait de l’avoir fait ! On s’imagine que Dieu ferait venir le déluge !!!

N’est-ce pas plutôt nous qui devons changer notre conception de Dieu ? D’un Dieu terrifiant qui envoie le déluge, à un Dieu qui renonce à détruire parce que ce n’est pas une solution. Il le sait très bien, il n’a pas besoin de tester pour le savoir, lui.

Le texte veut nous conduire à un changement de notre image de Dieu. C’est nous qui nous trouvons devant un nouveau visage de Dieu : un Dieu miséricordieux et compatissant, puisqu’il ne détruit pas les violents.

Jésus, également, va s’évertuer à faire évoluer l’image de Dieu qu’ont les humains. Il va nous donner une sorte de filtre qui devrait nous permettre de ne pas laisser entrer, dans l’image que nous nous faisons de Dieu, des éléments qui le défigurent.

Croyons-nous en un Dieu qui commande un génocide ? Ou en un Dieu qui envoie des maladies ? Ou qui est favorable à un attentat suicide ? En tous cas, lorsque les disciples de Jésus lui demandent de faire descendre le feu du ciel sur un village, parce qu’il n’a pas voulu recevoir Jésus, Jésus est outré ! Jamais Jésus n’aurait fait cela !

Un Dieu qui envoie le déluge, c’est un dieu des religions païennes, ce n’est pas le Dieu qui nous est révélé en JC, ni celui de ce récit.

Le récit du déluge reflète plutôt nos désirs de solutions radicales, qui sont destructrices : qui n’a pas pensé, moi si j’étais à la place des autorités, je détruirais ces gens-là, je ferais place nette, comme ça on en serait débarrassés !

La violence est de notre côté, elle n’est pas du côté de Dieu.

Nos fantasmes de régler les choses de manière violente sont balayés par le récit du déluge, qui montre que ce n’est pas une solution.

Ce récit n’est donc pas à prendre, à mon avis, comme un récit historique, mais comme une allégorie, un texte symbolique. Il fait partie des textes fondateurs, avec les deux récits de la création, qui ne nous expliquent pas comment Dieu a créé le monde, mais qui est Dieu ! En nous révélant que c’est lui qui a tout créé, ils nous enseignent avec quel soin il a déployé des trésors de créativité pour développer tout l’écosystème que nous connaissons en ce monde. Ces deux récits de la création nous révèlent un Dieu grand et merveilleux, qui utilise sa force et sa puissance pour créer : pour faire quelque chose d’infiniment bon.

Le déluge nous révèle que ce Dieu puissant se refuse à utiliser sa puissance pour faire du tort à sa création. Nous l’avons vu, lorsque notre texte nous dit que Dieu se repent, c’est pour nous faire comprendre que, non, résolument, Dieu n’utilise pas la violence pour solutionner la violence. La violence n’est jamais une solution !

La solution nous sera donnée en Jésus-Christ : c’est par l’amour que Dieu va solutionner le manque d’amour, la méchanceté, l’indifférence à l’autre, l’individualisme.

Le déluge nous décrit un Dieu qui sauve, au travers de Noé et de tous les animaux qui montent dans l’arche, toute l’humanité et la biodiversité.

Je l’ai dit, c’est, à mon sens, un récit symbolique. De même que tous les éléments d’une parabole ne sont pas à exploiter, sans quoi on peut parfois lui faire dire l’inverse de ce qu’elle signifie, dans le récit du déluge, il ne faut pas penser à tous les êtres humains, ni à tous les animaux qui ont péri, car ce n’est pas là la pointe de ce récit. L’accent est à mettre du côté des sauvés et de ce Dieu qui toujours redonne une chance à l’humanité, ce Dieu qui toujours à nouveau croit en nous et nous fait confiance, espérant que nous allons utiliser notre liberté à bon escient.

Ce Dieu nous demande de prendre soin de sa création et nous confie des responsabilités. Cela signifie donc que nous ne pouvons pas nous contenter de laisser notre belle terre se dégrader et rester les bras croisés.

Si le prénom Noé signifie « repos, tranquillité », nous voyons que Noé n’est pas un homme somnolent. Il se lève et agit pour protéger la création qui se dégrade parce que les humains se pourrissent la vie. Et c’est Dieu qui lui indique une solution afin de protéger la magnifique création qu’il a confiée aux humains.

De même, aujourd’hui, Dieu a besoin de nous, afin que, comme Noé, nous nous levions pour prendre soin de sa création, de son œuvre magnifique, qui se dégrade du fait de notre consumérisme effréné.

Si aujourd’hui le niveau des océans s’élève du fait du réchauffement climatique, il est grand temps, à la suite de Noé, de construire une arche. Ce terme est le même qui a été utilisé pour parler de la corbeille de Moïse, qui lui a permis d’être sauvé des eaux. Étonnant ce parallélisme ! Une arche, c’est un peu comme un cocon protecteur, qui n’a pas pour vocation de nous sauver juste nous-mêmes, égoïstement, mais de sauver l’humanité et la création toute entière.

Ainsi donc, qu’à notre tour, nous ne pensions pas « après moi le déluge ! », expression qui signifie qu’on se fiche de ce qui arrivera après nous ! Noé a pris soin de tous ses descendants. Nous sommes héritiers de Noé. A notre tour, prenons le relai : construisons une arche !

Amen