Promenade à la rencontre des arbres

Prédication du dimanche 3 mai 2026 à Auvernier.
Lectures bibliques : Exode 3,1-10 et Luc 13,6-9

La montagne

Dimanche dernier, nous nous rappelions que, dans le monde de la Bible, la montagne est un lieu particulier. En lisant les récits bibliques, notre attention est attirée lorsqu’un épisode se passe sur une montagne car il est le lieu privilégié de la révélation.

C’est sur une montagne que le Ressuscité apparaît aux disciples en Galilée, lorsqu’il les envoie dans le monde enseigner et baptiser, et promet de demeurer avec eux tous les jours jusqu’à la fin du monde. C’est aussi au sommet d’une montagne qu’ont lieu les événements suivants : dans l’Ancien Testament, le don des tables de la Loi à Moïse sur le Mont Sinaï, la confrontation du prophète Élie avec les faux prophètes de Baal sur le Mont Carmel ou son refuge au Mont Horeb.

Des épisodes clés de la vie de Jésus ont lieu sur des montagnes. Tels que la transfiguration, la proclamation des béatitudes dans le sermon sur la montagne, la prière au Mont des Oliviers avant son arrestation et la crucifixion sur le Golgotha.

Il existe aussi un autre lieu privilégié de la révélation divine dans le monde de la Bible et c’est à celui-ci que je vous propose de nous intéresser ce dimanche : les arbres.

L’arbre: lieu de la révélation

En effet, l’arbre est une figure du monde biblique chargée de symboles. Dans ces régions chaudes et arides, un arbre n’est pas anodin. Son existence même relève un peu du miracle, du don. On lui prête attention car la survie humaine dépend de lui. L’arbre donne de l’ombre, et on se nourrit de ses fruits. Son existence en un lieu nous précède et souvent nous survit. Il est ainsi un signe de continuité et de fidélité. Il est le signe d’une vigueur de vie qui résiste aux attaques extérieures et résiste au temps qui passe. Il incarne ce mystère impénétrable qui toujours suscite l’émerveillement de la vie qui renaît au printemps.

Ce matin, je vous propose de nous promener à la rencontre de deux épisodes végétaux qui disent à la fois quelque chose de Dieu et de l’être humain.

Cette première balade nous emmène il y a très longtemps, sur les pas du jeune Moïse, alors gardien de moutons.

Moïse et le buisson

Il semble que cela soit une qualité partagée chez les bergers que de parvenir à se mettre à l’écoute de la parole de Dieu au travers des messages de la nature : que ce soit par un buisson, le vent ou les étoiles, les bergers distinguent une parole qui vient d’ailleurs.

Par ce buisson qui brûle sans se consumer et par la voix qui retentit, Dieu se révèle à Moïse. Et le Dieu que Moïse découvre est un Dieu libérateur. Lui qui semblait si éloigné de son peuple pendant les années d’esclavage était en réalité à l’écoute de ses souffrances. «J’ai entendu ton peuple crier».

Moïse découvre aussi un Dieu qui lui promet son appui et qui sera à ses côtés dans les événements à venir. Événements qui s’annoncent intenses puisque Dieu lui annonce rien de moins que le renversement des puissants et le fin de l’oppression. Un tel bouleversement ne va certainement pas se passer sans dommages.

L’épisode du buisson ardent révèle également Moïse à lui-même. Il fait de lui un véritable meneur, un homme qui doit prendre ses responsabilités et guider les Hébreux vers la liberté. Il va devoir laisser ses moutons pour guider un peuple. S’en sent-il à la hauteur ?

Plus que le buisson, c’est le cœur du Moïse qui est touché par ce feu qui brûle sans consumer. Cette espérance qui le porte et le pousse à avancer, avec la boule au ventre et la crainte de ce qui va se passer. La peur de l’avenir ne paralyse pas Moïse. Il se sait soutenu par son Dieu dans sa découverte de l’inconnu qui l’attend. C’est à lui que revient maintenant la responsabilité de se présenter devant le Pharaon. Va ! Lui dit le Seigneur. Et fais sortir d’Égypte mon peuple.

Le figuier sans figues

Pas de feu extraordinaire ni de voix divine qui sort de l’arbre dans la seconde balade arboricole de ce jour. Et pourtant, dans la parabole du figuier qui ne donne pas de figues, le végétal est aussi révélateur à la fois de Dieu et de l’homme.

La parabole de l’arbre stérile est un genre littéraire bien connu des auditeurs de l’époque de Jésus. Il n’y a pas de doute pour eux, c’est un appel à la conversion dans la plus pure tradition prophétique. Jean-Baptiste par exemple, utilisait lui aussi cette image. Le propriétaire de la vigne a planté un figuier, ce qui semble tout à fait ordinaire pour l’époque et le type de terre du lieu. Mais voilà trois ans que cet arbre ne donne pas de fruit. Il demande donc à son vigneron de le couper. Encore une fois, rien d’anormal.

Un figuier a pour rôle de produire des figues. Si il ne le fait pas, on le coupe. Il ne sert à rien cet arbre improductif puise dans le sol des ressources qui pourraient servir à d’autres plantes. Rien d’anormal non plus pour l’auditeur de la parabole qui entend, derrière cette histoire d’arbre, un appel à la conversion.

L’être humain, comme le figuier, est présenté sous un jour négatif. Il est en état de péché, vit pour lui-même, épuise la terre sans produire aucun fruit. Si son comportement n’est pas productif pour la communauté, alors, il est promis au jugement dernier. C’est la mort qui l’attend. Le néant. Non pas comme une punition, une vengeance divine dont il faudrait avoir peur, mais comme une suite logique. Ce comportement mène au néant.

Le rôle du vigneron

Ce qui surprend l’auditeur de l’époque et ce sur quoi il nous faut nous aussi prêter notre attention, c’est la réponse du vigneron. Il se place en intercesseur pour le buisson. « Maître, laisse-le encore cette année ! » Donne-lui encore une chance.

Cette demande d’une nouvelle chance est accompagnée d’une promesse : le vigneron apportera un soin particulier au figuier, il lui redonnera une chance de devenir enfin productif. Le vigneron s’engage, au figuier de saisir sa chance et de ne pas gaspiller cette grâce improbable.

La parabole du figuier stérile nous dit quelque chose de Dieu et de l’être humain. Une attente est placée dans cet arbre : trois années de suite, le propriétaire de la vigne est venu chercher du fruit. Si il n’avait pas cru que l’arbre puisse en donner, il ne se serait même pas déplacé. Il est venu et sa déception a été grande.

Cette parabole nous présente un Dieu qui attend quelque chose de sa création, et par là même de l’être humain. Il croit en l’humanité et en la capacité de chacun à donner.

Dans l’épisode du buisson ardent, il n’y a que deux protagonistes : Dieu et Moïse. La parabole, elle, nous fait découvrir qu’il y a désormais une autre personne avec laquelle il faut compter : le Christ.

Il fait ici figure d’intercesseur. Il demande à Dieu, propriétaire de la vigne, de donner encore une chance. Ce faisant, il nous fait découvrir un Dieu de grâce qui, contre toute logique, l’accorde. Et il s’engage à tout mettre en œuvre pour que les fruits poussent, porté par la foi qu’aucun figuier n’est irrécupérable.

Une suite à écrire

On ne connaît pas la fin de l’histoire, le texte ne dit pas si le figuier sera finalement coupé ou non. La parabole se termine par la demande de sursis du vigneron. La lecture donne une impression étrange d’inachevé. On est presque tentés de tourner la page pour voir si nous n’aurions pas omis de lire la suite. Ou peut-être est-ce à nous d’écrire la suite?…

Le texte sous-entend que le propriétaire a accordé ce sursis. Mais on ne sait pas si le figuier a saisi sa chance. En grec, la formule utilisée pour la dernière phrase est très difficile à traduire. Les traductions françaises disent en substance : il donnera peut-être des figues l’année prochaine, sinon, tu le feras couper. Certains philologues qui connaissent mieux que moi les subtilités de la langue affirment que la phrase grecque sous-entend une issue positive. Ou bien il donnera des figues (et ce sera le cas), ou bien tu le feras couper.

Dans cette petite subtilité de langue s’exprime l’espoir que le propriétaire place en cet arbre. Dieu y croit, lui, que l’être humain peut se prendre en mains et porter du fruit.

Comme Moïse, le figuier se trouve ici appelé à faire face à ses responsabilités et à avancer. Avec la promesse des bons soins, de l’attention et de la confiance de Dieu placée lui.

Je vous invite donc, en ce printemps où il fait bon se promener ou dans vos jardins, à porter un regard – et peut-être surtout une oreille – attentif aux arbres. Et que les essences de chez nous se fassent pour nous les porte-paroles de cette promesse divine adressée autrefois à Moïse : va, accomplis ce à quoi tu es appellé.e, je suis avec toi.

Que les arbres de notre réalité nous rappellent aussi que Dieu a des attentes envers nous et que même s’il nous arrive de peiner à produire des fruits dans le monde, lui ne perd par espoir. Dieu croit en nous.

Amen