Pour arriver premier, il faut premièrement arriver

Prédication du culte patriotique du dimanche 2 août 2026, dans les jardins du Château d’Auvernier. Avec la participation de la fanfare l’Avenir d’Auvernier.
Lectures bibliques : 1 Rois 3, 4-14 et Matthieu 7,7-12

Pour arriver premier…

Pour arriver premier, il faut premièrement arriver.
Ces mots sont ceux d’Enzo Ferrari. Constructeur automobile et fondateur de l’écurie de Formule 1 qui porte son nom. Une petite phrase, presque une lapalissade, qui s’avère être bien plus fine qu’il n’y paraît.

Car la première condition pour gagner une course, c’est déjà de passer la ligne d’arrivée. Pour arriver premier, il faut premièrement arriver. Aucun vainqueur du Tour de France n’a pu s’épargner ne serait-ce qu’un seul kilomètre des 21 étapes. Aucun pilote de Formule 1 ne peut prétendre gagner de grand prix sans avoir parcouru tous les tours du circuit. Quand bien même il aurait la voiture la plus performante, si celle-ci n’est pas fiable jusqu’au bout, il ne verra jamais le drapeau à damier.

Cette petite phrase dit en réalité quelque chose de fondamental sur la fiabilité et la persévérance : il faut tenir sur la durée.

Demandez!

Pour arriver premier, il faut premièrement arriver.
De même, pour recevoir, il faut premièrement demander. C’est ce que nous rappellent les deux textes que nous venons d’entendre.
Demandez ! Et vous recevrez.
Cherchez ! Et vous trouverez.
Frappez ! Et on vous ouvrira la porte.

Cela paraît évident. Et pourtant, demander n’est pas aisé. Parvenir à demander, c’est déjà réussir à formuler ses besoins. C’est un exercice exigent. Les thérapeutes de couples relèvent d’ailleurs que le manque de formulation des besoins constitue l’une des principales causes de mécompréhension au sein d’un couple. Ce que je ressens est tellement évident pour moi que je ne peux même pas m’imaginer que l’autre ne le comprend pas. Pourtant le conjoint ne peut pas deviner ce que je ne dis pas.
Demande. Et tu recevras.
Dis. Et tu seras mieux compris.

Mais demander implique un certain courage. Car c’est reconnaître qu’on ne peut pas tout, qu’on ne sait pas tout, qu’on ne se suffit pas à soi-même. C’est admettre qu’on ne peut plus tout, qu’on n’a pas ou qu’on n’a plus les capacités. Parce qu’on a pris de l’âge. Parce qu’on n’a pas la force. Demander, c’est admettre qu’on a besoin des autres. C’est oser se mettre en posture d’humilité. Et ça, qu’est-ce que c’est difficile !

Oser l’humilité

C’est difficile parce qu’on vit dans un monde qui valorise l’autonomie, qui expose des superwomen qui mènent de front une carrière professionnelle à succès et une vie de famille épanouie, tout en prenant soin de leur corps et qui parviennent même à publier des photos détendues d’un apéro entre copines après une séance de yoga.

On vit dans un monde qui valorise la puissance et le pouvoir des hommes qui dirigent indifféremment des pays, des entreprises, des organisations mondiales avec une audace outrageuse, sans aucune limite ni réserve éthique.

Alors assurément, demander, c’est difficile. Parce que c’est sortir de la logique de la force, de la maîtrise et de la toute puissance. Demander, c’est reconnaître une faiblesse, une faille, le besoin de l’autre.

Un roi qui mesure l’ampleur de la tâche

Le roi Salomon n’était qu’un jeune homme lorsqu’il a accédé au pouvoir. Il a grandi dans l’exemple de son père David, roi puissant et respecté, qui l’a désigné comme son successeur. Mais lorsque son tour est arrivé, il ne s’est pas senti la carrure d’entrer dans un vêtement taillé trop grand pour lui. Peu sûr de lui, il a accompli les rites religieux. Il s’est appuyé sur des pratiques, des gestes et des rituels connus. Il a ainsi voulu solliciter l’appui de son Dieu pour faire face aux défis qui se présentaient à lui.

Et c’est dans son sommeil qu’il a été visité. Dieu s’est adressé à lui en lui disant : Demande ! Salomon avait accompli tous les gestes et les rites convenus mais il n’avait pas réellement formulé ce dont il avait besoin. Demande ! De quoi as-tu besoin ? Que pourrais-je te donner ? Lui dit Dieu.

Alors Salomon met des mots sur ce qu’il a sur le cœur. Arriver après le roi David lui met une pression terrible. Il a besoin de ne pas se sentir seul et d’avoir Dieu à ses côtés.

La tâche lui semble vertigineuse : diriger un peuple. Être à la tête d’un peuple qu’on ne peut même pas compter, dit-il. Il ne s’agit pas d’un problème de recensement ou d’incompétence de l’administration. Salomon sait bien que le peuple, c’est bien plus que la somme des individus qui le composent. Un peuple c’est une structure systémique avec des intérêts contradictoires, des forces et des faiblesses, des individus à cadrer et d’autres à soutenir. C’est la recherche constante du bien commun. Pour le plus grand nombre. Des choix et des renoncements. Des décisions à assumer. Des mécontentements à encaisser.

Sagesse et discernement

Pour parvenir à accomplir cette mission, la demande de Salomon est éloquente. Salomon demande l’intelligence nécessaire pour gouverner et pour reconnaître ce qui est bon ou mauvais pour le peuple. En demandant intelligence et discernement, ce jeune roi peu sûr de lui fait déjà preuve d’une immense sagesse.

Son règne sera d’ailleurs marqué par cette sagesse. Il deviendra un roi reconnu et respecté bien au-delà de son propre pays. Consulté par les autres puissants. Cultivé, connaisseur des oiseaux et de la nature, fin psychologue et homme droit et juste, le règne de Salomon fera date.

Demander n’est déjà pas simple. Mais encore faut-il avoir l’esprit de demander les bonnes choses! Salomon n’a pas demandé la réussite, la gloire, la richesse ou le pouvoir. Il a demandé des capacités pour accomplir sa tâche. Il n’a pas eu la prétention de savoir comment l’accomplir. Il a demandé les moyens de le faire. Donne-moi, Seigneur, la sagesse de prendre les bonnes décisions !

Le début de la sagesse, c’est déjà de savoir qu’on ne sait pas. Une humilité dont sont incapables ceux et celles qui abordent les situations pétris de certitudes et imbus d’une pré-science des résultats.

Rien n’est acquis

L’histoire raconte que Dieu a tant aimé la demande de Salomon que non seulement il lui a accordé cette sagesse, mais qu’en plus, il lui a donné la richesse et la gloire. Cerises dorées sur le gâteau royal! Salomon n’a pas couru après le succès, la richesse et la gloire. Il les a reçus parce qu’il était un bon roi.

Pour les moins jeunes d’entre nous, vous vous souvenez peut-être au début des années 2000, l’arrivée d’un nouveau type de divertissement a eu un retentissement important. Jusqu’alors, les personnalités connues qui faisaient la une des magazines étaient des chanteurs ou des acteurs. Des vedettes telles qu’on les appelait les dans les années 60, des stars pour la génération des 80-90. Ces hommes et ces femmes étaient célèbres parce qu’elles tournaient des films ou faisaient de la musique. Elles avaient quelque chose d’intouchable, de fascinant.

Au début des années 2000, on a inventé la télé-réalité. Des inconnus sont alors devenus célèbres. Et dès lors un glissement s’est opéré. Alors qu’auparavant, on rêvait de devenir chanteuse ou acteur. Dès lors, on a commencé à rêvé de devenir célèbre. La célébrité est devenue un but en soi, et plus une conséquence.

La gloire, la célébrité et la richesse de Salomon, elles, ont été les conséquences de son règne. Jeune homme, il a choisi la sagesse plutôt que la richesse. Mais dans la durée, le temps usant, la tentation grandissant, la lassitude aidant peut-être, la richesse a pris sa revanche et a peu à peu gagné le roi Salomon. La sage vertu du jeune homme n’a pas tenu dans la durée. Les sirènes de l’or ont eu raison de ses grands principes. Rien n’est acquis ! Même pour le roi Salomon.

Nous voici, chers amis, chers concitoyennes et concitoyens, en ces jours de festivités patriotiques, face à ces grandes questions qui, malgré la distance géographique et temporelle qui nous sépare du règne de Salomon et même des paroles de Jésus, demeurent pertinentes.

Avons-nous le courage et l’humilité de demander ? De reconnaître humblement que nous ne nous suffisons pas à nous-mêmes ?
Avons-nous le courage et l’humilité de demander non pas ce que nous désirons mais les capacités nécessaires pour prendre de bonnes décisions ?

Ces questions, nous pouvons nous les poser en ce qui concerne nos responsabilités politiques et sociales. Pour notre pays et pour le monde. Nous pouvons aussi nous les poser en ce qui concerne nos responsabilités professionnelles, familiales et personnelles.
Avec persévérance et courage, pour tenir sur la durée.

Demande !
Qu’est-ce que Dieu peut faire pour toi ?

Pour arriver premier, il faut premièrement arriver.
Pour recevoir, il faut premièrement demander.
Amen