Prédication du culte du 23 août 2026 au temple d’Auvernier
Lectures bibliques : Matthieu 16,13-20 et Romains 21,1-8
Ton prénom, c’est toi
L’office fédéral de la statistique a communiqué cette semaine les prénoms les plus souvent donnés en Suisse l’an dernier. En Suisse romande, ce sont les petites Sofia qui arrivent en tête. Et chez les garçons, des petits Gabriel.
Choisir un prénom est un défi pour les jeunes parents. Plusieurs éléments entrent en jeu. La mode du moment, la volonté de se démarquer ou au contraire de coller à son temps, une référence familiale, un souhait de rendre hommage à une personne marquante, la sonorité avec le nom de famille. Dans certaines grandes familles, il y a encore toute la question de savoir si ce prénom est déjà pris ou non.
Choisir un prénom ne se fait pas à la légère. Car il suivra l’enfant toute sa vie. Celui-ci devra grandir et vieillir avec ce nom qui lui colle à la peau. Le prénom, ce n’est pas juste une étiquette, c’est bien plus que cela. Notre prénom, c’est notre identité.
Dans le monde antique, on considérait que le prénom avait une influence la personne. Sur son caractère et sur sa destinée. Salomé, shalom, l’enfant de la paix au sein d’une famille qui avait connu des divisions. Gabriel, la force de Dieu, pour un enfant vigoureux. Autant d’enfants partaient mieux dans la vie que Mara, l’amertume, par exemple.
Dans la Genèse, Rachel qui meurt en donnant naissance à son dernier enfant lui donne le nom de Ben-Oni, le fils de la douleur. Jacob son père s’empresse de le renommer Ben-Yamin, le fils du côté droit, le fils du bonheur pour éviter que ce garçon porte dans son nom la mort de sa mère.
Qui disent-ils que je suis?
Notre prénom, c’est notre identité. En lisant le passage de l’évangile de Matthieu de ce jour, il m’est sauté aux yeux quelque chose que je n’avais jamais remarqué. Dans ce dialogue entre Jésus et ses disciples où il est question de son identité – que disent les gens ? Qui disent-ils que je suis ? – il y a un nombre étonnant de prénoms cités en quelques versets.
Pour commencer, le nom de la région où se déroule cet échange : Césarée de Philippe. Joli clin d’œil! Que disent les gens ? Certains disent que tu es Jean-Baptiste. D’autres Elie. D’autres encore Jérémie. Et vous!?
Simon Pierre répond. Qui est Simon Pierre? Simon, frère d’André, fait partie des tous premiers hommes appelés par Jésus à le suivre. Un disciple auquel Jésus donne un nouveau nom: manière de marquer cette nouvelle identité croyante. Simon devient Pierre. On se souviendra désormais de lui sous ce nom là. L’évangéliste Matthieu parle donc régulièrement de Simon Pierre, même dans les chapitres qui précèdent, pour éviter la confusion chez les lecteurs. Lorsque Matthieu parle de Simon, il parle bien de Pierre.
Que répond-il Simon Pierre, quand Jésus lui demande qui est il pour lui ? Le messie. Le fils du Dieu vivant. Dit autrement : tu es celui que nous attendons, celui que Dieu a promis. Tu n’es pas comparable aux autres prophètes. Toi, tu es LE fils de Dieu. Cette confession de foi est hors norme. Elle est si profondément marquante que le disciple ne peut plus être le même après avoir dit cela. Avant il y a avait Simon, maintenant il y a Pierre.
Heureux es-tu Simon, fils de Jonas, lui répond Jésus. C’est l’unique fois dans tout l’évangile qu’il est appelé par référence au nom de son père. Je te le déclare, tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Église. Ce nouveau nom marque un changement spirituel et un changement d’identité profonde.
Quelques générations plus tard, au début de l’ère chrétienne, celles et ceux qui se convertissaient à la foi recevaient un nouveau prénom au moment de leur baptême. L’entrée dans la foi marquaient une nouvelle identité. C’est ainsi que sont nés les prénoms : Christian, Christophe… tous les prénoms en Christ, ainsi que les Théophile qui aiment Dieu, etc.
Tu es Pierre
Pierre. Petros en grec. Kephas en araméen, la langue que parlaient Jésus et ses disciples.
Aujourd’hui, cela ne nous semble pas du tout bizarre de s’appeler pierre. On ne pense pas à un rocher lorsqu’on prononce ce prénom. Mais au moment où Jésus donne ce nom à Simon, c’est un prénom qui n’existe pas. C’est comme si tout à coup, quelqu’un s’appelait Caillou.
Pierre. Car sur cette pierre je construirai mon Église.
Jésus a de l’humour. Et je ne le dis pas seulement pour le jeu de mots. Jésus a de l’humour et en cela, il est bien le fils de son Père. Car choisir cet homme, Simon Pierre, pour en faire le socle sur lequel bâtir, il fallait oser.
Pierre a été audacieux. Il a pris le risque de suivre Jésus. Il a fait partie des tous premiers. Il n’a pas attendu que ce soit à la mode pour suivre le mouvement. Il a eu ce courage-là. On ne peut pas le lui enlever.
Pierre a cru. Il a fait confiance et il a reconnu en Jésus le messie, celui que Dieu envoie. Et cela force notre admiration.
Mais Pierre est loin d’être exemplaire. Nombreux sont les épisodes rapportés dans les évangiles où Pierre ne comprend rien ou fait preuve de maladresse, voire de faiblesse.
Il voit Jésus qui s’approche en marchant sur l’eau ? Pierre demande à le rejoindre mais pris de peur il se met à couler. Au moment de la transfiguration, Pierre veut monter des tentes pour Moïse, Elie et Jésus. Quand le maître annonce qu’il va souffrir et mourir, Pierre s’insurge. Non, ça n’arrivera pas ! Et bien sûr, Pierre est le disciple qui reniera. Au moment le plus dramatique, il tournera le dos, il fuira.
Pas très fiable ce Pierre. Pas très exemplaire. Pas très solide comme pierre sur laquelle construire…
Des fragilités inattendues
Il y a quelques années, j’étais en vacances dans la ville d’Utrecht aux Pays Bas. Et j’y ai découvert sa cathédrale. Sa construction a débuté au milieu du XIIIe siècle pour se terminer au début du XVIe. Rapidement après la fin de sa construction, elle est devenue protestante.
Cette cathédrale a plusieurs particularités. D’abord il s’agit de la tour la plus haute du pays, plus de 100 mètres de haut. Magnifique mais qui a été objet de protestations au moment de sa construction car certains dénonçaient la vanité du projet. (les hollandais était un peu protestants avant l’heure).
Malheureusement quand nous y étions, elle était couverte par des échafaudages alors je n’ai pas pu juger de la vanité de sa beauté. Mais ce n’est pas là la plus grande particularité de cette cathédrale.
Cet édifice comporte classiquement un chœur, un transept, et la tour qui trouve à quelques dizaine de mètres du reste de l’édifice. Cette configuration étonnante résulte du fait qu’au XVIIe siècle, une tornade s’est abattue sur la ville d’Utrecht et la nef de l’église s’est écroulée.
Suite à cet événement, il a été décidé de ne pas rebâtir la nef. On a donc érigé un mur pour fermer l’église après le transept et on a laissé la tour isolée. Une jolie place sépare depuis les deux parties.
Ce n’est pas la tour qui est tombée. C’est la nef. Ce n’est pas la partie qui avait le plus de prise au vent, celle qui symbolisait pour certains la vanité qui s’est retrouvée à terre. Les fragilités n’étaient pas là où l’on pensait. Ce qui s’est avéré solide et résistant n’est peut-être pas ce sur quoi on aurait parié.
Lorsque Jésus parle de la pierre pour construire son Église, il ne parle bien sûr par d’un bâtiment mais de la communauté humaine de croyantes et des croyants. Une communauté qui traverse les siècles, qui tient dans la durée, qui résiste plus ou moins bien aux épreuves. Une communauté qui est tout de même arrivée jusqu’à nous et qui nous survivra. Donc on peut dire que cela a plutôt bien réussi !
Un édifice construit sur une pierre faillible, friable et pas entièrement fiable. Une parmi d’autres. Comme autant de partie d’un corps comme l’évoque l’apôtre Paul. Jésus a compté sur Pierre. Il ne devait pas être dupe. Mais il lui a fait confiance. Jésus avait cette capacité à voir chez l’autre la meilleure version de lui-même et en lui faisant confiance, à révéler cette facette chez lui.
Tel est le regard qu’il porte sur nous aussi. Dieu nous connaît par notre nom, il connaît notre identité profonde et il sait de quoi nous sommes capables. Même lorsque nous-mêmes nous l’ignorons.
Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres pour agir dans le monde. Et en comptant sur nous, Dieu sait qu’il peut faire de grandes choses.
Amen
