Revêtir le Christ !

Message apporté par Jean-Jacques Beljean lors du culte du 11 octobre au temple de Colombier

Lectures: Esaïe 25,6-9 ; Philippiens 4,10-20 ; Matthieu 22,1-14

Chers frères et sœurs en Christ,

Peut-être allez-vous me dire que j’aime me compliquer la tâche ! Quand je préside un culte j’ai pris l’habitude, sauf exception, non de recycler une ancienne prédication mais de me confronter aux textes proposés par l’Eglise universelle et les liturgies pour chaque dimanche. Cette pratique permet peu à peu de faire le tour de presque tous les textes bibliques.

Cette manière de faire permet de rencontrer des textes simples et limpides, parfois compliqués, ou choquants ou encore durs. Les textes du jour sont compliqués et aussi durs.

Vous avez entendu Esaïe : il déborde d’optimisme, avec son festin offert à tous les peuples. Cela fait du bien en ces temps troublés. Mais si l’on lit les lignes qui précèdent et celles qui suivent, il est question de destructions à l’image de ce que nous constatons chaque jour sur notre pauvre planète, que ce soit en Ukraine, en Israël-Palestine, au Soudan, au Yémen, pour ne citer que quelques foyers de graves conflits. Si nous lisons Matthieu, nous sommes confrontés à la rigueur, à la dureté répétée, avec ces invités qui ne veulent pas venir, ces serviteurs assassinés, ces soldats tuant les opposants, cette invitation à toute la population, bons et mauvais, à signaler. Puis l’épisode de ce convive qui ne se plie pas à la règle de l’habit de fête qui est sévèrement puni. Et cette terrible conclusion : la multitude est appelée mais il y a peu d’élus. Enfin, le texte de Paul aux Philippiens, qui est d’une autre nature. Il rappelle un acte de solidarité et de soutien, les chrétiens de Philippes, une charmante bourgade de Macédoine, aujourd’hui disparue, soutenant l’apôtre Paul dans sa mission, reconnaissants qu’ils étaient d’avoir reçu l’Evangile.

Nous voilà confrontés à trois textes, le premier idyllique mais entouré de drames, le deuxième qui finit mal et le troisième qui relate la solidarité. Nous voilà donc placé devant un dilemme : qu’est-ce que la foi chrétienne ? Et devant ces trois propositions de croire et d’agir, nous nous posons beaucoup de questions.

Le christianisme est présent depuis plus de deux millénaires sur notre planète. Les commencements furent durs, avec la persécution juive et romaine, puis avec l’Empire romain totalitaire. Ensuite le christianisme connut la paix, devint peu à peu majoritaire dans l’Empire romain et se complut, en grande partie, à répéter les défauts des religions totalitaires, pensons aux excommunications, aux Croisades et plus proche de nous, à la chasse aux sorcières, aux Guerres de religions et à certaines colonisations. Et, aujourd’hui encore certains sont prêts à la croisade violente. À tuer au nom de ce qu’ils nomment civilisation chrétienne et à éliminer l’autre, considéré comme adversaire.

Et, en liant Matthieu, l’on pourrait très rapidement croire que cette violence est légitime et légitimée. Et pourtant Matthieu se réclame du Dieu dont le Fils, dans ce même Evangile, a dit : « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent et bénissez-les » (Mt 5, que l’on retrouve chez Lc 6).

Alors comment sortir de ce dilemme ? 

Rappelons-nous que le festin nuptial est une parabole et non une prédiction. Si l’histoire est inventée, c’est pour que les événements décrits n’arrivent pas. Donc on aurait tort de l’interpréter trop historiquement et penser à la chute de Jérusalem sous les coups de boutoir romains. Une parabole ne s’interprète pas éléments par éléments. C’est une image qui fait réfléchir, une histoire qui fait bouger.

Ainsi, le Royaume de Dieu est offert à tous et toutes. Comme les premiers destinataires l’ont écarté, il va maintenant être offert au monde entier. L’on passe de l’élection d’un peuple à l’élection de tous les peuples. On en trouve une première trace chez Esaïe. Et c’est bien ce qui se passera, partant de Jérusalem la Bonne Nouvelle passera à Alexandrie, à Philippes en Macédoine, à Rome, en Afrique et en Asie et s’étendra au monde entier. L’Evangile est pour tous et toutes, pour tous ceux et celles que vous trouverez dit la parabole. La mort et la résurrection du Christ universalise le salut, comme la création elle aussi est universelle. Et si quelqu’un n’en veut pas, la Bonne Nouvelle sera proposée plus loin, tous ceux et celles que vous trouverez dit le maître. Il y a belle lurette que le message a quitté son lieu d’origine pour s’étendre au monde entier.

Parfois, il faut l’avouer, même trop souvent, cette extension s’est faite avec perversion, quand on aura confondu mission avec colonisation violente. Mais, malgré tout, grâce à des témoins fidèles, l’Evangile a poursuivi sa route, malgré ceux qui l’ont rejeté et malgré ceux qui, parfois, il faut le dire, ont perverti le message, comme c’est encore le cas aujourd’hui quand on veut le mettre au service des Empires modernes. Cette perversion est en opposition totale avec le souci des plus humbles et des plus faibles. C’est comme lire la parabole éléments par éléments et non comme un récit poussant au changement. L’Evangile de Jésus n’a pas à se transformer en auxiliaire de la puissance brute ou en nouvel opium du peuple.

Néanmoins, la parabole contient un avertissement : qui que l’on soit, il s’agit de revêtir le Christ, comme le dira également Paul aux Romains (13,14). Etrange expression mais qui veut simplement dire se comporter en disciple et en témoin fidèle. Le convive mal habillé est mis à la porte, il va rejoindre le désordre. Accepter l’invitation oblige à se conduire en dignité, à respecter les valeurs du Royaume divin.

Mais quelles sont ces valeurs ? Comment me comporter dans ce monde ? Le texte d’Ésaïe nous ouverte une première piste en son v. 8 : Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur DIEU essuiera les larmes sur tous les visages (v. 8). Dans ce vieux texte entouré de malheurs, l’espérance surgit également.

La seconde piste se trouve dans l’épître aux Philippiens qui est un appel à se comporter comme eux. Paul leur a apporté l’Evangile et maintenant qu’il est lui-même démuni, dans le besoin, ils vont le soutenir, par l’ouverture d’un compte en banque (souci du détail). Sans que ce don soit un moyen de pression, comme l’est souvent l’usage de l’argent. Paul constate que la réception de l’Evangile s’est incarnée et qu’elle débouche sur des actions concrètes, ici le soutien financier de l’annonce de l’Evangile par l’apôtre.

Que faut-il retenir de ce long parcours biblique. Peut-être quelques pistes :

  • Se garder dans l’espérance qu’il y aura un avenir malgré tout ce qui se passe ;
  • Se mettre dans les pas du Christ Amour et Charité ;
  • Rester dans des dispositions propres au Règne de Dieu, revêtant le Christ, geste annonciateur et précurseur du Règne qui vient ;
  • Essayer de vivre l’amour pour les ennemis ;
  • Et, enfin, pratiquer la solidarité.

Voilà trois textes apparemment contradictoires qui peuvent éclairer notre parcours de chrétiennes et chrétiens dans un monde chaotique et injuste. C’est cela, revêtir le Christ.

Amen !