Message dialogué apporté par Claude et Anne-Marie Fiaux lors du culte du Jeudi de l’Ascension au temple de Rochefort
A : (entre lentement, encore bouleversé. Il regarde le ciel.)
Je…
je ne sais même pas par où commencer.
Tout s’est passé si vite…
et en même temps, j’ai l’impression que le temps s’est arrêté là-haut…
juste au moment où il…
où il a été élevé.
Nous étions là. Tous ensemble. Sur la montagne.
Comme tant d’autres fois.
Il nous parlait encore du Royaume de Dieu…
avec cette paix…
cette autorité douce…
cette manière qu’il avait de dire les choses simples qui vous retournent le cœur.
Et puis…
Puis il a levé les mains.
Je pensais qu’il allait prier.
Ou bénir comme d’habitude.
Mais son regard…
son regard allait déjà ailleurs.
Et soudain…
il a été élevé.
Pas comme une vision.
Pas comme un rêve.
Non.
Devant nous.
Réellement.
Ses pieds ont quitté le sol…
lentement…
comme si le ciel lui appartenait depuis toujours.
Et nous…
nous étions là…
plantés…
incapables de bouger…
à fixer ce vide qui s’ouvrait entre lui et nous.
Et une nuée l’a enveloppé.
Et il a disparu. (Silence.)
Ça fait trois ans que je marche derrière lui.
Trois ans à tout quitter.
Trois ans à croire que quelque chose de totalement nouveau était en train de naître.
J’ai vu des aveugles voir.
Des boiteux marcher.
Des cœurs brisés revivre.
J’ai entendu des paroles qui brûlaient ici… (main sur la poitrine) …
comme un feu qu’on ne peut pas éteindre.
Je me souviens du premier jour où je l’ai suivi.
Je pensais avoir trouvé…
enfin…
celui qui allait remettre le monde à l’endroit.
Et puis…
La croix.
(La voix se brise.)
La croix.
Là…
je me suis senti abandonné pour la première fois.
Tout s’est écroulé.
Mon espoir. Mes certitudes. Mon courage.
Je me souviens de cette nuit-là…
le silence…
la peur…
la honte aussi.
Mais ensuite…
La résurrection.
(Un souffle d’émerveillement.)
Quand il est revenu…
quand je l’ai vu…
vivant…
Oh…
Tout redevenait possible.
La joie était plus forte que la peur.
La lumière plus forte que la nuit.
Je me disais :
« Cette fois, c’est la bonne. Cette fois, il va rester. »
Il nous parlait.
Il mangeait avec nous.
Il nous expliquait les Écritures.
Tout semblait…
rétabli.
Et maintenant…
(Long silence.)
Maintenant il est parti.
Encore.
Pourquoi ?
Pourquoi nous laisser là ?
Pourquoi nous ramener à ce vide ?
Je regarde le ciel…
et j’ai l’impression…
d’être revenu au point de départ.
Comme si…
malgré tout ce que j’ai vu…
tout ce que j’ai entendu…
malgré tout ce que j’ai vécu…
Je me retrouve…
seul.
(Il baisse la tête.)
Tu n’es pas seul.
A (surpris) :
Qui… qui es-tu ?
Voix of (avec douceur) :
Quelqu’un qui écoute ton histoire depuis très longtemps.
Tu dis qu’il est parti.
A (amer) :
Je l’ai vu disparaître.
De mes propres yeux.
Comment appelles-tu ça, toi ?
Voix of :
Je l’appelle… la suite de la promesse. Tu te souviens de ce qu’il vous a dit juste avant de partir ?
A (hésite) :
Il a parlé… oui…
Du Père…
D’une promesse…
(cherche)
De l’Esprit…
Voix of : (cite doucement Actes 1:8) :
« Vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous… et vous serez mes témoins… »
Il ne vous a pas laissés sans rien.
Il vous préparait.
A (troublé) :
Préparait ?
À quoi ?
À ce vide ?
À cette absence ?
Tu ne comprends pas…
quand il était là…
tout était clair.
Maintenant…
tout est flou.
Voix of :
Justement.
Tant qu’il était devant vous…
vous marchiez derrière lui.
Mais maintenant…
Vous allez devoir marcher avec son Esprit en vous.
A (secoue la tête) :
Je préférerais mille fois qu’il soit encore là…
visible…
réel…
tangible.
Voix of (avec gravité) :
Oui.
Moi aussi, j’aurais aimé.
Mais dis-moi…
Quand il est mort sur la croix… qu’as-tu appris ?
A (lentement) :
Que nos espoirs humains peuvent s’effondrer.
Voix of:
Et quand il est ressuscité ?
A :
Que Dieu peut ouvrir un chemin même quand tout semble fini.
Voix of :
Alors peut-être…
Peut-être que cette nouvelle absence…
n’est pas un abandon.
Mais une étape de plus.
A (presque en colère) :
Une étape vers quoi ?
Explique-moi.
Parce que pour l’instant… tout ce que je ressens… c’est un vide immense.
Voix of (doucement) :
Une étape vers l’autonomie.
A :
L’autonomie ?
On se sent autonome quand on perd celui qu’on aime ?
Voix of :
On devient autonome… quand on découvre qu’on peut vivre de ce qu’il a mis en nous,
et pas seulement de sa présence visible.
(Silence. A réfléchit.)
A (plus calme) :
Tu crois vraiment…
que son départ…
était nécessaire ?
Voix of :
Souviens-toi.
Il vous a dit d’attendre à Jérusalem.
Pourquoi attendre…
s’il ne devait rien se passer ?
A (murmure) :
Il a parlé…
d’être revêtus de puissance…
Voix of :
Voilà.
Peut-être que le ciel ne s’est pas fermé.
Peut-être… qu’il s’est ouvert autrement.
(Long silence.)
A (regarde le ciel, différemment) :
Alors…
tu veux dire…
que cet abandon que je ressens…
n’est peut-être pas la fin ?
Voix of :
Parfois…
Dieu enlève une présence visible…
pour faire naître une présence intérieure.
(Silence profond.)
A (voix plus posée) :
Si c’est vrai…
alors…
nous ne sommes pas laissés seuls.
Voix of :
Non.
Vous êtes prêts à être envoyés.
A (un souffle nouveau) :
Envoyés… (Il redresse légèrement la tête.)
Alors peut-être…
que ce vide…
est l’espace où l’Esprit va venir.
Voix of (avec douceur) :
Exactement.
(Conclusion)
A (regard tourné vers l’horizon) :
Je crois…
que je commence à comprendre.
Nous avions besoin… de ce départ.
Pas parce qu’il nous abandonne…
mais parce qu’il nous fait confiance.
Voix of :
Et parce que la vraie présence…
ne se voit pas toujours avec les yeux.
A (paisible) :
Alors…
je vais l’attendre. Et l’accueillir.
Voix of:
Et être libéré de ce qui t’empêche d’avancer.
(A regarde le ciel — mais avec espérance.)
FIN
