Méditation sur l’épître de Jacques (4)

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Aimer le silence, écouter et mettre en pratique la Parole (Jacques 1, 19-27)

par Yvena Garraud Thomas, pasteure

« Vous êtes savants, mes frères bien-aimés. Pourtant, que nul ne néglige d’être prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère, car la colère de l’homme ne réalise pas la justice de Dieu. Aussi, débarrassés de toute souillure et de tout débordement de méchanceté, accueillez avec douceur la parole plantée en vous et capable de vous sauver la vie. Mais devenez des réalisateurs de la parole, et pas seulement des auditeurs qui s’abuseraient eux-mêmes.
En effet, si quelqu’un écoute la parole et ne la réalise pas, il ressemble à un homme qui observe dans un miroir le visage qu’il a de naissance :
Il s’est observé, il est parti, il a tout de suite oublié de quoi il avait l’air.
Mais celui qui s’est penché sur une loi parfaite, celle de la liberté, et s’y est appliqué, non en auditeur distrait, mais en réalisateur agissant, celui-là sera heureux dans ce qu’il réalisera.
Si quelqu’un se croit religieux sans tenir sa langue en bride, mais en se trompant lui-même, vaine est sa religion. La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder du monde pour ne pas se souiller ». (Jc 1, 19-27)

« Aux moines la prière, à nous le souci de la vie quotidienne ». A attendre ces mots, il y aurait d’un côté, la vie active trépidante du monde moderne et de l’autre côté, la vie contemplative religieuse. En 388, Jean Chrysostome, prêtre à Antioche se défend contre toute excuse pour se dispenser de prendre le temps de l’écoute de la Parole. Selon lui, la participation à la vie active rend nécessaire la méditation de l’Écriture. Celle-ci n’est pas relayée au domaine religieux séparé de la vie quotidienne. Elle n’est pas réservée qu’à un groupe de spécialistes. Au contraire, elle donne à voir la lumière de Dieu dans le monde.

Dans cette crise du Coronavirus, il est frappant de constater la persistance de cette idée selon laquelle les religieuses et les religieux dans les couvents et les monastères auraient une plus grande facilité à vivre le confinement, car habitués à la solitude entre les quatre murs. C’est ainsi méconnaître leur travail dans le monde. Dans cette crise, nous sommes tous jetés en pleine mer, ballotés par les vagues de l’incertitude, exposés aux angoisses de la peur mais unis dans un même combat contre un ennemi invisible. La métaphore de la tempête exprime ce que beaucoup de personnes vivent actuellement : tempête qui a projeté des milliers de personnes dans la tourmente financière, dans la pauvreté. En quoi enracinons-nous nos vies de manière à avoir la stabilité quand nous sommes frappées par les tempêtes ?

Nous vivons un temps où nous écoutons beaucoup parler dans les informations, sur les réseaux sociaux. Nous écoutons débattre les chercheurs, les scientifiques, les spécialistes, les politiques. Quelle place donnons-nous à l’écoute de la Parole de Dieu ? L’épître de Jacques que nous méditons nous apprend que la Parole est capable de sauver, de nous faire tenir dans les épreuves, de nous donner une assise dans l’existence. Jacques encourage à ancrer nos vies en quelque chose qui ne change pas : la Parole de vérité. « De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ses créatures ». Jc 1, 18

Ce que Jacques entend par « Parole » c’est la Parole survenue dans l’histoire dans laquelle des femmes et des hommes ont entendu un message, Parole transmise par des prophètes et des apôtres, Parole qui nous est adressée et nous saisit, parole qui n’atteint sa pleine mesure que lorsque nous répondons par notre adhésion de foi et notre engagement. La Parole a retenti « dès le commencement de son dessein » Pr 8, 22. Jean identifie Dieu à la Parole : « Au commencement était la Parole et la Parole était Dieu. Le verbe s’est fait chair et a habité parmi nous » Jn 1, 2.

Accueillir la Parole, priorité à l’écoute dans le silence

Ce que nous savons de Dieu vient d’une Parole, dans le « Tu » qu’Il adresse : « Écoute Israël, le Seigneur ton Dieu est un Dieu unique, tu aimeras… ». La Parole, comme rencontre avec l’être tout entier, requiert de l’écoute. « Que chacun soit prompt à écouter » Jc 1, 19. C’est l’écoute de l’obéissance d’Abraham qui est parti sans savoir où il allait. C’est notre réponse à l’appel adressé par Dieu. Obéir c’est accorder notre confiance à la Parole, la tenir pour un roc solide et stable sur lequel nous pouvons construire notre maison. Cette obéissance dans la foi ne va pas sans notre liberté. Le jeune riche n’a pas suivi Jésus car il ne voulait pas renoncer à ses biens.

Pour Jacques, afin d’accueillir la parole, il est bon de faire un nettoyage de printemps, rejeter tout ce qui barre la route à cette écoute : se « débarrasser de toute souillure et de tout débordement de méchanceté » Jc 1, 21. Écouter c’est renoncer à nos propres paroles, à notre volonté et à notre pensée, c’est faire taire en nous toutes les voix qui nous empêchent d’être disponibles à l’écoute de la Parole.

Dans cette attitude d’accueil, nous invitons l’Esprit de Dieu comme notre hôte, pour qu’il éclaire notre écoute. « Prier », ce n’est pas s’écouter parler », « Prier, c’est faire silence et attendre que Dieu nous parle » nous dit Kierkegaard. Écouter d’abord ce que la Parole de Dieu a à nous communiquer ; se laisser surprendre, émouvoir, déplacer, déranger ; se laisser rencontrer corps et âme par la Parole et tout ce qu’elle met en mouvement dans notre vie. Vient après le moment de s’activer à la réflexion de ce qu’il faudrait faire.

Jacques nous indique 2 attitudes qui améliore la qualité de cette écoute :

Le silence : « Lent à parler » : Jacques invite à retenir sa parole, à prendre un temps de digestion, d’imprégnation. Et ceci pour éviter toute démarche prosélyte, toute précipitation à vouloir persuader, convertir et faire des adeptes. Lent à parler signifie faire silence, laisser la Parole pénétrer en nous, faire son chemin de germination. Pour penser notre vie de foi, nous avons besoin de la tranquillité, du silence pour s’écouter, pour écouter Dieu, les autres et le monde. Dans ce temps de patience et de contemplation la parole plantée en nous, s’enracinera avant de porter du fruit.

L’humilité : « Lent à la colère » : « La colère est une agitation qui gonfle l’âme et désigne des emportements passionnés et violents. Elle divise, écrase et détruit » (François Vouga). C’est pourquoi il est bon de prendre le temps de la réflexion avant de risquer une parole qui peut blesser, brouiller l’entente. Il est aisé de se laisser emporter par la passion, par un excès de zèle à la manière d’Elie qui, pour défendre la cause de Dieu, a massacré les prophètes de Baal. L’on se laisse emporter par la colère c’est lorsque l’on prétend détenir la vérité et que l’autre pas, que l’on a raison et que l’autre a tort. La colère n’accomplit pas la justice de Dieu, nous dit Jacques.

Cette parole que nous pouvons accueillir dans la douceur est une puissance libératrice et transformatrice capable de sauver. Elle est plantée en nous. Dans nos cœurs et sur nos lèvres, nous la « portons dans des vases d’argiles », avec notre confiance et notre espérance, avec nos forces et nos faiblesses, dans la joie comme dans la douleur. En accueillant la Parole, nous pouvons tirer une force, trouver une source d’inspiration, une nourriture spirituelle dont nous avons besoin pour avancer sur notre route.

Mettre en pratique la Parole

« Va et fais de même » de Jésus au Bon Samaritain, dans la parabole de la construction des deux maisons sur le roc et sur le sable, l’écoute est liée à la mise en pratique de la Parole. Jacques nous invite à ne pas être uniquement des auditeurs de la Parole mais des réalisateurs de la Parole. Il nous dit que nous pouvons plonger notre regard (baisser pour regarder) « dans la loi parfaite, la loi de la liberté » pour découvrir non une loi qui nous condamne mais qui loi nous révèle ce que nous sommes en réalité, ce que nous sommes appelés à être et à devenir.

Notre vision de nous-mêmes, des autres, du monde est souvent imparfaite, confuse et déformée par le miroir de nos désirs, de nos peurs et de nos préjugés. Le miroir de la Parole nous aide à nous voir non pas de la manière dont nous nous voyons nous-mêmes, non pas de la manière dont nos collègues et nos proches nous voient mais de la manière dont Dieu nous voit. « À présent, nous ne voyons qu’une image confuse, pareille à celle d’un vieux miroir ; mais alors, nous verrons face à face. À présent, je ne connais que de façon incomplète ; mais alors, je connaîtrai Dieu complètement, comme lui-même me connaît » nous dit Paul, 1 Co 13, 12.

Devant le miroir de la Parole, nous voir tel que Dieu nous nous voit, c’est par exemple nous découvrir :

Aimés inconditionnellement d’un amour bienveillant

Acceptés par la grâce qui nous rend plus joyeux

Réconfortés pour pouvoir marcher plus loin et plus longtemps

Animés d’une vie nouvelle

Libérés parce que cette Parole nous touche dans l’intimité de notre cœur.

La Parole à la fois, écoute et action, Jésus la compare à un roc sur lequel nous pouvons construire notre maison. Quand l’épreuve survient, la tempête peut se jeter contre cette maison mais ne peut pas détruire la communion avec Jésus créée par sa Parole.

« Ainsi tout homme qui entend les paroles que je viens de dire et les met en pratique peut être comparé à un homme avisé qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé ; ils se sont précipités contre cette maison et elle ne s’est pas écroulée, car ses fondations étaient sur le roc ». Mt 7, 24-27

Cette crise nous a permis des prises de conscience au niveau personnel, en tant que nation, communauté : Entre les mains de qui avions-nous remis nos vies ? Sur qui, sur quoi avons-nous construit notre vie ? Avons-nous construit notre vie sur une opinion ? sur des projections ? sur des considérations économiques ?

Jacques nous encourage à écouter la Parole et à la mettre en pratique. Pratiquer la Parole c’est regarder comment Jésus vit. C’est faire ce qu’il dit. Par exemple, il nous dit de pardonner 77 fois 7 fois, d’aimer nos ennemis… Jésus donne un visage à cette Parole, Parole d’exigence, d’amour, de grâce et de pardon. Ce visage est le visage d’un amour inconditionnel qui nous invite à aimer à notre tour.

C’est évident, si nous vivons l’enseignement de Jésus, nous ne serons pas épargnés par les épreuves de la vie : moments difficiles, échecs, maladie accidents, découragements. La crise du Coronavirus secoue des personnes à travers le monde. La pluie, les torrents, et les vents contraires peuvent toujours arriver mais nous saurons sur quoi nous appuyer, nous saurons en qui nous pouvons avoir confiance, une personne peut être juste là au bon moment ou une occasion se présente qui nous permet de nous relever.

Jacques nous invite à tenir l’équilibre entre l’écoute et l’action : entrer en communion avec Dieu avant de parler, le silence avant les mots, l’écoute avant la proclamation et l’action sinon la Parole risque de devenir bavardage et bruit. Que seraient nos paroles et nos actions, si elles ne sont pas enracinées dans l’écoute de la Parole de Jésus ? Jacques nous dit attention à nos théologies trop bavardes, attention à l’activisme. Dans nos sociétés abreuvées de paroles de tout genre, dans ce temps de ralentissement où nous redécouvrons le silence de nos rues, de nos villes et de nos paysages, puissions-nous aménager des espaces de silence pour s’écouter, écouter Dieu, les autres et le monde. Que nous puissions prendre le temps de l’écoute et du silence pour y apprendre la patience et l’endurance ! Et que la Parole agissant en nous, nous donne de devenir des artisans de justice, de paix, de joie et d’amour. Amen

Nous oublions 90 à 95 % de ce que l’on entend dans les 72 heures. Plonger le regard dans la Parole, c’est aussi la mâcher, l’intégrer dans notre quotidien, la méditer. Il existe beaucoup de méthodes de méditation. Simplement, si vous voulez, vous pouvez commencer par un verset biblique qui vous parle, le réécrire, le lire à haute voix, plusieurs fois, le mémoriser, le coller sur le réfrigérateur… Vous pouvez aussi placer une Bible ouverte sur votre table de chevet. Au réveil, avant de regarder le téléphone, vous pouvez prendre le temps pour lire un passage des Écritures et aussi avant de vous endormir.
Prions d’après le Psaume 119

Seigneur, je te cherche de tout mon cœur : Garde-moi de fuir ta volonté !

Dans mon cœur je conserve tes promesses, pour ne pas faillir envers toi.

Toi, Seigneur, tu es béni : apprends-moi ta Parole !

Je fais repasser sur mes lèvres chaque décision de ta bouche.

Je trouve dans la voie de tes exigences plus de joie que dans tous les trésors.

Je veux méditer ta Parole et contempler de mes yeux tes sentiers.

Je trouve en tes commandements mon plaisir, je n’oublie pas ta parole.

Amen.


Vous pouvez lire ou relire les méditations précédentes :

  1. « Joie et endurance dans les épreuves » (chapitre 1, versets 1 à 4)
  2. « Demander la sagesse : Prière de la foi pour endurer dans des épreuves » (chapitre 1, versets 5 à 8)
  3. « Dieu : origine de la tentation ou origine de toutes les bénédictions ? » (chapitre 1, versets 13 à 18)

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